Comment faire famille sainement dans des liens d’amour ?

La famille est souvent le lieu de toutes les tensions conscientes ou inconscientes et de toutes les régressions. Entre répétition des schémas familiaux et injonctions sociétales, c’est tout un art d’avoir des rapports sains et aimants entre les différents membres de la famille.
Emmanuel Ballet de Coquereaumont, psychothérapeute, nous donne les clés de relations saines pour tous.

Être une famille, c’est considérer qu’il y a les parents, les enfants, et donc on est une famille. Mais tout ça nous raccorde tout de suite aux mythes familiaux. Une famille, c’est forcément bien, c’est forcément un espace ressource, c’est forcément l’amour qui domine.  Et ça met sous le boisseau l’interrogation. L’interrogation fondamentale pour toute famille, c’est comment fait-on famille et à travers la manière dont on fait famille ? Est-ce que les individus sont suffisamment nourris, joyeux et vivants ? Et pourquoi est-ce que des familles sont en souffrance et qu’elles viennent consulter ? Parce qu’elles n’arrivent plus à mobiliser leurs ressources pour réinterroger la manière dont elles font famille.

Ce sont des choses un peu automatiques et qui restent figées.

Et c’est pour ça qu’en fait on se retrouve à 50 ans aller à Noël chez ses parents parce qu’on est une famille, parce que mes parents sont mes parents, parce que c’est comme ça, parce que ça a toujours été comme ça et que ça sera comme ça jusqu’à la mort de mes parents. Et puis moi, je continuerai ensuite à faire pareil avec mes enfants. C’est affolant. C’est à dire que ce qui est inquiétant là-dedans, c’est qu’on sent que bien sûr, ça met complètement sous silence ce qu’il se passe réellement. C’est qu’il y a des individus qui ont envie de fêter Noël, par exemple, mais pas de manière automatique et systématique. C’est tout à fait légitime que des individus n’aient pas envie de le faire. Il y a une mère que j’accompagne, elle a 74 ans, elle fait ça depuis des années et elle fait ça de mauvaise grâce. Depuis des années, elle accueille 20 personnes de sa famille elle ressent que c’est insupportable. Mais elle le fait par devoir et c’est intéressant parce et que je lui dis « Mais toi, tu rêverais de quoi? Quel est ton rêve en fait pour ce Noël ? » Et elle me dit « Moi franchement, ce que je veux, mon rêve, c’est de passer un Noël juste avec mes fils à la montagne, dans un chalet ». Je lui dis d’en parler à ses fils. Et l’un de ses fils lui a répondu :  « moi, je ne supporte plus ces Noëls familiaux. Avec la famille élargie, c’est lourd, c’est horrible. Et en fait, moi, ce rêve là, il me plaît. »

Comme quoi, parfois, il suffit juste de parler et oser.

Oser assumer ce que l’on ressent, légitimer ses besoins. Dans une famille qui n’est pas assez fonctionnelle, les besoins individuels ne sont pas légitimés, ne peuvent pas être exprimés ou reçoivent une fin de non-recevoir.

Et en plus, être plus à l’écoute de ses besoins, c’est du coup automatiquement être aussi plus à l’écoute des besoins de l’autre. Ce que l’on fait pour soi, on va certainement le faire aussi pour l’autre. C’est aussi trouver un lieu d’entente, d’harmonisation, parce que la relation, ce n’est pas simplement des conflits entre des besoins individuels. C’est aussi un espace, un espace de relations dans lequel chacun accepte de donner une part de lui, de faire une part de don, etc. Mais il faut que cet espace soit vivant, soit créatif et soit créé entre tous les individus. Et là, on redonne à la famille ce qu’elle devrait être, c’est à dire un espace en fait de différenciation, d’affirmation et en même temps de résilience.